Le culte en video

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LE TEXTE DE LA PRÉDICATION

 

Avant d’entamer le corps de notre propos- qui vous vous en doutez, tournera autour de la notion de «pardon» , voici un élément de contexte important. Il ne surprendra pas les habitués des textes bibliques qui sont parmi nous, mais il est important à rappeler pour ceux et celles, qui découvrent.

Jésus dans sa mise en garde officiellement adressée à ses disciples « prenez garde à vous-mêmes », utilise le mot traduit ici par frère si ton frère a péché : adelphoï en grec, qu’on ne peut que traduire par frère en français, mais dont l’étymologie grecque désigne celui qui est issu de la même matrice (ce qui pourrait donc aussi désigner une sœur, et d’ailleurs le mot grec au pluriel, même masculin est souvent traduit par frères et sœurs). Si, du temps de Jésus, il était tout à fait possible d’employer cette notion de frère au-delà de la consanguinité, néanmoins, cet dépassement a été consacré dans les usages des premières églises, et jusqu’à aujourd’hui quand le pasteur ou la pasteure fait sa salutation en s’adressant aux frères et aux sœurs et en leur souhaitant que la paix soit avec eux et elles. La provocation lié à l’usage de ce terme pour désigner la compagne ou le compagnon d’église se situe dans l’évocation d’une seule matrice autrement inclusive qui est celle de Dieu lui-même. C’est amusant d’ailleurs que la plupart des chrétiens qui se désignent entre eux frères ou sœurs, ne voit pas qu’ils sous entendent simultanément que Dieu a un utérus, du moins en partant du grec, et sa δελφύς (delphýs)

De plus, l’usage chez Luc de ce mot est majoritairement orienté vers le sens familial. Autre indice potentiel : dans son adresse aux disciples, ceux-ci brusquement deviennent des apôtres, un mot caractéristique de l’après Jésus. Et enfin, il est étonnant d’entendre que Jésus dise à ses disciples: Qui de vous, s’il a un esclave qui laboure ou fait paître les troupeaux; ce n’est évidemment pas impossible que certains des disciples de Jésus, surtout dans la définition élargie qu’en fait Luc, et particulièrement des femmes qui financent, aient pu avoir des esclaves, mais cette adresse semble tout de même destinée à la population d’une église installée. N’oublions pas que Luc publie son évangile 50 ans après la disparition de Jésus: je veux donc simplement dire qu’il y a ici une probabilité forte que nous ayons sous les yeux un texte d’église, une page catéchétique pour maintenir la solidité de la communauté, de l’église fraichement venue au monde. Un texte peut-être inspiré par la radicalité de Jésus à propos du pardon, mais un texte dont la probabilité qu’il eut été dit par Jésus est très faible. Je crois que Jésus n’avait aucune notion ou théorie de l’église.

Cet anachronisme tombe bien, puisque nous sommes aussi une église et pas une école itinérante de Galiléens se dirigeant vers Jérusalem. Cela pourrait donc mieux nous parler.

Mais comment ce texte peut-il nous parler ?

 

D’abord, une précision utile qu’il faut dire ici au cas où nous nous laisserions tenter par l’aura du mot pardon, ou qu’inversement cette notion, étrangement, nous crispe d’avance; cette notion que beaucoup conçoivent comme un mélange de bienveillance et d’amour, comme une sorte de baume qu’on devrait appliquer sur quelqu’un. En grec: c’est une remise de dettes. Dette par forcément financière, mais tout à fait concrète. De même que le péché signifie manquement, le pardon signifie remise d’une dette. Ça ne résout aucun problème de passer les termes en mode littéral, mais au moins nous savons de quoi nous parlons.

Dans le texte parallèle de Matthieu, Jésus dit qu’il faut pardonner – remettre la dette, non pas 7 fois, mais soixante dix sept fois sept fois. Luc, lui se contente de dire 7 fois par jour si nécessaire.

Qu’importe, dans l’un ou l’autre cas, c’est évidemment de l’outrance, de l’emphase. En plus avec cette utilisation du chiffre 7 , c’est symboliquement Dieu qui est mis assez grossièrement, en ligne de mire.

Faut-il essayer de trouver du sens à une recommandation absurde ? Je veux bien concevoir que la dette de quelqu’un puisse être remise une fois, voire deux, mais là, ce ne serait que de la complaisance devant de la récidive. Et je vois mal comment une communauté pourrait résister à ce type de comportement, qui de plus pourrait déclencher un effet d’aubaine et à la fin entrainer la dérive morale de l’ensemble.

 

Certains commentent en disant que ça parle d’amour inconditionnel. Comme celui de Dieu. Déjà, Dieu est rarement présenté dans la Bible comme un distributeur d’amour inconditionnel, puisqu’il est d’abord majoritairement présenté comme l’étalon de la justice. Ce type d’ extrapolation est lié à la compréhension sacrificielle de la mort de Jésus. Mais, si nous suivons cette voie, nous allons foncer sur un mur de logique: le chrétien doit avoir un amour inconditionnel, comme est supposé l’avoir Dieu lui-même, mais devant se faire comme Dieu, le chrétien avec cet idéal se révèle comme un simple blasphémateur puisqu’en quelque sorte, il se prendrait pour Dieu. Tu ne représenteras pas Dieu, dit le commandement, c’est-à-dire , y compris par ta propre personne. Et par ailleurs, tu n’es pas capable d’amour inconditionnel puisque tu es toi-même conditionné.

 

Un explication devient plus intéressante quand elle appose sur ce récit la notion du Jubilé, cette fameuse loi qui rebat tous les titres de propriété tous les 50 ans , (exactement après 7 fois 7 ans) y compris des esclaves hébreux et commande de laisser la terre se reposer tous les 7 ans. Bien que l’on sache que cette loi magnifique n’ait jamais été appliquée, elle reste tout de même dans Lévitique 25 potentiellement un rempart théorique contre l’idée même d’appropriation de la terre et des hommes, elle éteint toute permanence d’une oligarchie, en agrandissant de façon on va dire fractale le commandement du sabbat, que dit que le 7 eme jour, tout doit avoir été accompli les 6 jours précédents, comme si chaque semaine devenait l’aventure d’une nouvelle création.

Ici, la communauté rêvée par l’évangile de Luc est un jubilé permanent où jamais aucune dette, donc aucune appropriation de quelqu’un par quelqu’un ne subsiste. Peut-être que ce rêve était lié à la croyance encore palpable que cette église était dans la fin des temps, alors oui dans ce cas, pourquoi ne pas pardonner à l’infini. Mais oui, ce sabbat permanent est un rêve, il n’a jamais été appliqué car il est sans doute inapplicable, sauf, si on se met à vouloir comprendre l’esprit de ces textes liés: celui du pardon permanent, celui de la demande d’augmentation de foi, et celui du serviteur lambda qui n’a pas à être remercié pour chacune de ses actions.

Entre ces trois textes, nous pouvons déceler un trait commun. Et ce commun n’a absolument rien à voir ni avec la morale, ni avec la bonté, l’amour ou la bienveillance, ni même avec la foi. C’est un appel à changer radicalement de mode de perception de la réalité en ne l’envisageant plus comme une réalité comptable. L’outrance du nombre des remises de dette indique ceci: le nombre n’a plus aucune importance, ce n’est pas comme cela que la réalité intime de la création de Dieu fonctionne car elle n’est pas structurée par l’arithmétique; les disciples qui reçoivent une fin de non recevoir à leur demande d’augmentation de leur foi: même chose. Jésus leur dit: cela n’a aucun sens face au réel, face au sublime que vous êtes censés révéler. Et enfin, le serviteur qui serait susceptible de recevoir une gratification à chacun de ses mérites, de même.

Alors face à cela, on se repose la sempiternelle question du propre de l’humain. Est ce que finalement ce propre ne serait-il pas de tout compter ?

C’est à ce moment là de la prédication que le théologien regrette de ne pas avoir fait de l’éthologie en parallèle à sa formation de théologien anthropocentré. Des nombreuses études ont été faites sur le sujet de l’aptitude à compter chez certains animaux et sans que les conclusions soient formelles, on parle plus de perception du changement de la masse, de variation de la perception spatiale plutôt que d’une faculté proprement arithmétique. Le premier exemple qui m’est venu à l’esprit est l’oeuf manquant, dans un nid ou surnuméraire (déposé par un coucou par exemple) et j’ai compris qu’un certain type d’oiseaux pouvaient effectivement ressentir, percevoir, comprendre un manque, en cas de vol d’un œuf par exemple. Mais leur perception de ce manque provient d’un au-delà de la faculté basique de compter.

Je me suis alors demandé pourquoi nous passions notre vie à tout compter (ne serait-ce que les minutes de cette prédication ou de ce culte) alors que la quasi intégralité de la création autour de nous n’en a pas besoin et ce pour accomplir des choses autrement spectaculaires, comme devenir un être symbiotique que nous appelons une forêt, comme dessiner une chaine de montagnes, former des cristaux, comme charrier des alluvions et bien d’autres merveilles non comptables. Nous passons notre vie à compter nos jours, à compter nos heures de sommeil, à compter nos médicaments, à compter les jours de congés qui nous restent, à compter nos calories, à répondre à des questions sur notre âge, sur notre taille et notre poids, à compter le nombre de milliards des milliardaires- comme si sujet était interessant- à évaluer en nombre de quart d’heures la distance d’une station de métro à une autre, à débattre du P.I.B et du chiffre de la dette, à nous affronter autour du nombre de personnes rassemblées dans telle ou telle manifestation, et sommet de l’art, nous comptons le nombre de jours qui nous séparent de ce dimanche soir où un nombre magique va apparaître sur nos écrans indiquant le vainqueur ou la vainqueure de l’élection présidentielle. À chaque fois que je pense à ce type de choses, je me demande ce qu’en pensent les arbres.

Alors, je me suis demandé si nous ne passions pas notre vie à compter à cause d’un manque que nous avons alors que l’entièreté de la création non humaine ne l’éprouvant pas, ne compterait rien, en tous les cas pas à notre manière, plutôt fanatique.

Notre manque et nos manquements. Possible définition d’un péché qu’on pourrait qualifier de non pas originel mais propre à l’humain depuis son arrivée en forme de sapiens.

Et ce manque, c’est peut-être celui de Dieu, que certes nous avons tenté d’intégrer dans notre psychisme et dans nos formulations mais que nous sommes loin d’éprouver naturellement. Aucun terrestre à part l’humain ne fabrique de la théologie, alors que beaucoup fabrique de l’habitat, utilisent des outils, font des cérémonies d’obsèques, transmettent à leur progéniture une forme de culture, communiquent, aiment, parlent, ont des tactiques d’attaques et de défense, mènent des vie strictement communautaires sans se poser la question de quelles matrices ils sont issues. Etrangement, nous avons conçu notre façon de nous poser ce type de question comme un gage de supériorité alors qu’elle n’est peut être qu’une terrible façon de compenser le manque de réponse intuitive; alors comme des personnages d’une célèbre série animée des années 70, bien plus philosophique qu’on l’a crue à l’époque, nous comptons.

Cette morale impossible exprimée dans les quelques textes d’aujourd’hui nous renvoie à notre biais systématique d’envisager le réel de façon comptable, et dès lors , cette révélation faite, nous pourrions être amenés à percevoir notre manque radical. Notre manque, notre précieux et indocile manque, ce manque qui nous maintient en vie puisqu’il nous structure, ce manque qui révélé pourra peut-être un jour nous ramener collectivement à cet endroit, à ce moment, la grande compagnie des terrestres, dans le giron éternel de la création de Dieu. AMEN

LA LITURGIE

DÉROULÉ DU CULTE DU 6 SEPTEMBRE 2026

Présidé par Robert Philipoussi. Accompagné à l’orgue par Sarah KIM

ORGUE

Salutation, annonce de la grâce

Nous somme venus car nous avons été invités. Amicalité et fraternité entre nous. Reconnaissance mutuelle. Égalité devant Dieu. Il est dit que le seigneur nous accueille mais sans nos mains, nos regards et nos voix, nous ne le saurions pas. Nous ne sommes pas seuls, entre nous et le Seigneur, celui qui est notre hôte, il y a l’espace et le temps, et toute la fantaisie de la création. Bienvenus à chacun et chacune, bienvenus dans ce temps de culte à vous ici présents, et à vous présents aussi et qui nous suivez par internet. Merci à Sarah KIM qui nous accompagne aujourd’hui de la tribune de l’orgue.

RÉPONS

Louange

Louons le Seigneur avec ce que nous avons de plus intimement heureux au fond de nous, louons-le avec toute la grâce dont nous disposons même si celle-ci est secrète jusqu’à être partiellement inconnue de nous même,s louons le avec toute notre envie de dire enfin merci, louons dieu non pas pour ce qu’il serait, non pas pour ce qu’il ferait, mais sans compter, puisque remercier du fond de notre être est l’anditote à la douleur de la plainte, non pas remercier n’importe comment n’importe quoi, mais Louer le Seigneur, car nous n’avons rien à perdre à enfin pouvoir exprimer notre joie devant ce qui ne s’en moquera pas. AMEN.

PSAUMES 33, STROPHES 2, 3, 5

Volonté de Dieu Nous recevons l’expression de la volonté de Dieu au travers de la première épitre de Jean

19Quant à nous, nous aimons, parce que lui nous a aimés le premier. 20Si quelqu’un

dit : « J’aime Dieu », et qu’il déteste son frère, c’est un menteur, car celui qui n’aime

pas son frère, qu’il voit, ne peut aimer Dieu, qu’il ne voit pas. 21Et nous avons de lui

ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

RÉPONS

Prière de conversion

Seigneur,

Viens toi-même retrouver en nous ce qui est perdu,viens au secours de notre faiblesse, calmer nos peurs et calmer nos souffrances.

Merci pour ta présence qui exauce notre prière. Amen.

RÉPONS

Annonce du pardon

Le Seigneur, qui nous as accueilli pour ce moment, renouvelle pour nous l’annonce de son pardon. Il supprime notre dette. Nous en libère. Levons-nous et chantons notre reconnaissance.

RÉPONS

Confession de foi

Si je crois en Dieu, j’exprime ce que je sais tout en renonçant par avance à toute sensation de privilège, à toute expansion de mon savoir vers autrui, puisque ce que je sais est d’abord la certitude intime et invraisemblable que je me sens compris plus que je ne peux comprendre.

Si je crois en Dieu, je sais que de ce Dieu auquel je crois, je ne peux rien en dire qui en parle, je ne peux qu’en pressentir la présence et donner des mots à une logique poétique.

Si nous, nous croyons en Dieu, et le disons ensemble, ce n’est pas pour lui dire, ni pour nous le dire, mais pour ressentir combien il est bon de se retrouvés assemblés, de se faire résistants, et aussi prophétes et symboles en chair et en souffle d’une humanité réconcilée.

AMEN

RÉPONS

Doxologie : « Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, et d’éternité en éternité ».

LECTURE LUC 17, 3 à 10 3Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le ; s’il change radicalement, pardonne-lui. 4 Et s’il pèche contre toi sept fois par jour, et que sept fois il revienne à toi, en disant : « Je vais changer radicalement », tu lui pardonneras.

5 Les apôtres dirent au Seigneur : Donne-nous plus de foi. 6 Le Seigneur répondit : Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : « Déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait.

7 Qui de vous, s’il a un esclave qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il rentre des champs : « Viens tout de suite te mettre à table ! » 8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : « Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi aussi, tu pourras manger et boire. » 9Saura-t-il gré à cet esclave d’avoir fait ce qui lui était ordonné ? 10 De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes des esclaves inutiles, / des serviteurs lambda nous avons fait ce que nous devions faire. »

PSAUMES 65, STROPHES 1, 2

Prière d’illumination

Inspire Seigneur notre écoute, notre entendement et notre sensibilité comme tu as inspiré ceux et celles qui se sont mis un jour à annoncer ton Règne. AMEN.

AMEN

ORGUE

PRÉDICATION

 

ORGUE

 

PSAUMES 103, STROPHES 1, 2, 3, 4

 

 

 

ANNONCES

OFFRANDE/ ORGUE

Prière d’intercession

Notre Père

Bénédiction

Allons en paix, frères et sœurs dans ce monde si difficile à habiter, ce monde aux possibilités étonnantes et qui semble avoir perdu la tête. Chaque jour pensez à votre Dieu. Qu’Il demeure avec les présents et avec les absents, avec les vivants et avec les morts, pour le temps et pour l’éternité et avec vous et avec les vôtres .

RÉPONS

ORGUE