LA LITURGIE

ORGUE, par ESTHER ASSUIED

SALUTATION ANNONCE DE LA GRACE

Attendons-nous à la grâce, mais nous la recevrons comme une grâce inattendue

Que le Seigneur, en ce dernier dimanche d’une année, nous offre la grâce et la paix et nourrisse notre espérance du lendemain.

Nous venons d’accomplir le tour d’un soleil,

et avons avons simultanément avancé à une vitesse de 250 kilomètres par seconde dans la voie lactée et pourtant parmi nous, certains croient être restés sur place,

alors que leur réalité est nettement plus surprenante.

En ce dimanche le plus séculier de l’année,

et pourtant propice , je vous invite à louer au cours de ce service le Seigneur vivant au milieu de nous et dans chacun de nos cœurs.

Que ce culte devienne un moment où vous vous prendrez votre temps pour penser à vous-mêmes et à tous les vôtres et pour recevoir la parole de Dieu.

 

Dans le Psautier français, vous trouverez l’ordre du culte et ses spontanés, j’annonce le premier d’entre eux:

Chant spontané :

 

LOUANGE

Mon Dieu, toi qui ne gis dans aucun mot ou dans aucune représentation qui tout de même parfois en reflètent quelque chose,

Toi que je loue, mais que je ne connais que par ma téméraire confiance,

Toi que je tutoie en transcendant toutes les dimensions qui nous séparent,

Je te loue encore dans ce matin fragile,

dans ce dernier jour d’une année fugitive,

avec quelques uns et quelqu’unes de mes frères et de mes sœurs,

Je te remercie de m’avoir encore cette année offert de ton souffle,

et une certaine force,

et de m’avoir encore permis de continuer mon chemin dans la nuit,

mais éclairé par l’espoir de ta venue.

Maintenant, frères et sœurs, chantons notre premier Psaume

PSAUME 42, strophes 1, 8 , 9

 

 

 

 

VOLONTÉ DE DIEU

Voici quelques recommandations, dans quelques extraits d’un texte qui s’appelle la « Didaché » qui servait à la fin du premier siècle de notre ère ou au début du deuxième, à enseigner des juifs qui avaient la particularité à cette époque d’avoir trouvé en Jésus de Nazareth leur Messie.

. Tu ne désireras pas la division, mais tu apaiseras ceux qui se disputent ; tu jugeras avec droiture, tu ne feras pas acception de personne quand il s’agira de convaincre quelqu’un de transgression ; tu n’auras pas le cœur partagé entre les suites de tes décisions.

. N’aie pas les mains tendues pour recevoir et fermées pour donner.

. Tu n’hésiteras pas à donner et tu ne murmureras pas en donnant.

. Tu ne te détourneras pas de celui qui est dans le besoin, mais tu auras tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que cela t’appartient en propre.

En effet, si vous participez en commun à ce qui est immortel, combien plus aux choses périssables !

. Ne t’éloigne pas de ton fils ou de ta fille, mais dès la jeunesse enseigne-leur la présence de Dieu.

. Tu haïras toute hypocrisie et tout ce qui n’est pas agréable au Seigneur. Tu n’abandonneras pas les commandements du Seigneur, mais tu garderas ce que tu as reçu sans y rien ajouter ni en rien retrancher.

 

Chant spontané

 

PRIÈRE DE CONVERSION (repentance)

Notre créateur, si nous avons fait naître la douleur, si par notre faute quelqu’un a pu tomber, et si nous avons refusé d’aller à toi, pardonne-nous. Si nous avons parlé en vain, sans vérité, si nous avons laissé sans aide le malheureux, si nous n’avons pas accueilli l’étranger, pardonne- nous. Si nous avons voulu vivre dans l’indifférence, fuir le combat, nous épargner tout effort, alors que tu nous voulais au fort de la lutte, pardonne-nous.

Nous le reconnaissons devant toiFais-nous marcher sur ton chemin!

Chant spontané

PROCLAMATION DU PARDON

Maintenant, entendons à travers un extrait du psaume 121 que le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui ne nous abandonne pas.

L’Éternel gardera ton départ et ton arrivée, dès maintenant et pour toujours. Le secours nous vient de l’Éternel, c’est lui qui a fait les cieux et la terre,

Il ne permettra pas que ton pied trébuche sur le chemin de ta vie,

Celui qui veille sur toi ne s’endormira pas,

Voici, il ne sommeille ni ne dort celui qui garde son peuple.

L’Éternel gardera ton départ et ton arrivée, dès maintenant et pour toujours. Amen

Chant spontané

 

CONFESSION DE FOI

Je crois en Dieu.

Je crois qu’il nous a aimé le premier ; avant que nous existions, avant nos pères, avant les débuts obscurs dont sortit l’humanité, il nous a aimés.

Mieux qu’une mère en espérance d’enfant qui pense à l’inconnu qui sommeille en elle, je crois que Dieu nous a aimés d’avance et portés. Car nous sommes son espérance et nous sommes sa crainte, sa joie et sa douleur.

Je crois que malgré l’immense peine qu’il subit par nous, Dieu nous a voulus et nous veut encore, toujours. A travers les obstacles, les chemins perdus, les gouffres, les ombres de mort, je crois que Dieu nous veut, nous mène et communie avec nous.

Je crois que Dieu en Jésus-Christ nous aime victorieusement, avec une puissance devant laquelle tout cédera. Il boira avec tous les calices, il combattra tous les combats, il descendra dans toutes les tombes, jusqu’à la fin qui sera bonne.

Oui, je crois que Dieu nous anime et nous porte.

Amen.

Chant spontané

 

Doxologie : « Gloire à Dieu dans les cieux et sur la terre, et d’éternité en éternité ».

LECTURE DU TEXTE BIBLIQUE

Marc 8,11-13

11 Les pharisiens survinrent, commencèrent à débattre (se disputer) avec lui et, pour le mettre à l’épreuve (le tester) , ils lui demandèrent un signe venant du ciel. 12I l soupira profondément (il gémit ) en son esprit et dit : Pourquoi cette génération (cette engeance) demande-t-elle un signe ? Amen, je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération. 13 Puis il les quitta (les laissa en plan) et reprit le bateau pour regagner l’autre rive.

PSAUME 74, strophes 4, 5, 7

 

PRIÈRE D’ ILLUMINATION

Dieu, par ton Esprit, ouvre nos intelligences et nos cœurs. Que ta Parole soit reçue avec simplicité et qu’elle suscite en nous une foi heureuse.

ORGUE

 

 

 

 

 

PREDICATION

 

ORGUE

Cantique 202, strophes 1, 2, 3

Annonces et Collecte

 

PRIERE D’INTERCESSION

Nous commençons cette prière avec encore la Didaché

Nous prions :

Qu’il y ait une grande paix venant du Ciel ainsi qu’une bonne vie

et la satiété, et la salvation, et le réconfort, et la sauvegarde et la guérison, et la rédemption et le pardon et l’expiation

pour nous et pour tout Son peuple et dites Amen.

Que celui qui établit la paix dans ses hauteurs, l’établisse dans Sa miséricorde parmi nous et sur tout son peuple.

Que chacun de nous soit conforté dans la présence du Seigneur et vive heureusement la compagnie de ses frères

Que lucidement chacun marche sur sa route

en sachant éviter les impasses

et trouve l’inspiration et le repos.

Que nos bien-aimés soient protégés, que les souffrances soient amoindries,

Que les deuils s’apaisent et dites Amen.

 

Maintenant Seigneur nous voulons placer notre prière au milieu de la guerre, en plein cœur de l’absurde, de la cruauté , de la douleur, des pleurs et de la mort

Nous plaçons notre cœur au milieu du vide de la compassion et de l’immensité du désespoir, et nous t’entrainons avec nous, dans ce paysage dévasté, où tous les oiseaux qui chantaient auparavant sont morts ou ont pris la fuite, tous ces territoires de dégoût et de désabusement et de future colère et vengeance.

 

Le moment n’est plus à la prière mais à la supplication pour que cette année venant soit celle de la cessation des carnages, puisses-tu notre Dieu, enfin réduire au silence non seulement les armes, mais ceux qui les conçoivent et les utilisent mais surtout ceux qui les commanditent, au service de ce qu’ils croient être leurs intérêts.

Viens changer les cœurs, et remets nous au cœur de la réalité,

viens sortir enfin l’humanité orpheline de son enfance terrifiante,

Rends la terre paisible, à ceux qui veulent la cultiver,

viens ridiculiser ceux qui croient que rien ne les limite

montre nous de nouvelles voies d’irrigation,libère les prisonniers que nous sommes de notre imaginaire violent et pécheur, rends nous l’espoir et en bénissant des actes qui iront vers l’accomplissement de ta promesse de justice.

NP

BENEDICTION

Nous croyons que Dieu établira un jour sur la terre son Royaume, qu’il transformera notre monde et nous transformera nous-mêmes

En vue de ce Royaume, il nous appelle à former un peuple nouveau, et il nous conduira jusqu’à ce matin éternel, où nous saurons reconnaître en tout visage son visage, en tout être et en tout regard l’image de sa divinité. C’est en lui et lui seul que nous plaçons notre foi, car c’est lui et lui seul qui peut nous conduire à la vie.

Le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix en tout temps, de toute manière. Le Seigneur est avec vous tous.

 

 

Chant spontané

 

ORGUE

 

 

LIEN VERS LA PRÉDICATION EN VIDÉO

LES CULTES NE SONT PLUS DIFFUSÉS EN DIRECT CES TEMPS CI À CAUSE D’UN SOUCI TECHNIQUE, MAIS LES VIDÉOS SE TROUVENT QUELQUES JOURS APRÈS SUR YOUTUBE (cliquer sur l’image)

LE TEXTE DE LA PRÉDICATION

LECTURE DU TEXTE BIBLIQUE Marc 8,11-13

11 Les pharisiens survinrent, commencèrent à débattre (se disputer) avec lui et, pour le mettre à l’épreuve (le tester) , ils lui demandèrent un signe venant du ciel. 12I l soupira profondément (il gémit )en son esprit et dit : Pourquoi cette génération (cette engeance) demande-t-elle un signe ? Amen, je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération. 13 Puis il les quitta (les laissa en plan) et reprit le bateau pour regagner l’autre rive.

 

PRIÈRE D’ ILLUMINATION

Dieu, par ton Esprit, ouvre nos intelligences et nos cœurs. Que ta Parole soit reçue avec simplicité et qu’elle suscite en nous une foi heureuse.

ORGUE

 

PREDICATION

Disons que si Jésus avait à ce moment-là, si tant est qu’il en eût le pouvoir, produit un signe du ciel; par définition, cela n’en eût pas été un, puisque ce signe serait venu non pas du ciel, mais de la volonté de pharisiens et cela aurait signifié que le ciel, en quelque sorte, aurait appartenu aux pharisiens.

La grande confiance en soi de Jésus – on ne la souligne pas assez souvent, cette confiance en soi de Jésus, je le fais donc ce matin, à titre de vœux discrets pour tout un chacun – je vous souhaite d’avoir la confiance en vous-mêmes aussi forte que celle de Jésus ! – sa grande confiance en lui et aussi sa perspicacité pour déceler les pièges qui lui sont tendus, lui ont permis, de littéralement laisser ces pharisiens « en plan » , c’est une meilleure traduction que «  il les quitta » . C’est d’ailleurs un mot aussi utilisé pour évoquer le divorce. Disons que les évangiles évoquent le divorce consommé entre ce qui deviendra les premiers croyants au Christ, et les pharisiens, bien que ces derniers aient participé à l’éducation de ce Jésus, qui n’est pas exactement un pharisien, mais qui partage certaines de leurs convictions, par exemple sur la résurrection.

La manipulation des pharisiens correspond à ce que l’on appelle une injonction paradoxale: en gros ça veut dire: si tu fais ce que je te demande, tu prouves qui tu es, mais tu m’as obéi, donc tu m’appartiens, donc tu n’es pas celui qu’on prétend que tu es; et si tu ne fais pas ce que je te demande, tu prouves que tu n’es pas celui qu’on prétend que tu es. Face: je gagne, pile tu perds. Jésus n’est pas tombé dans le piège. Mais adressé à nous, ce moment d’évangile évoque une manipulation courante. Et puisqu’il s’agit de textes éducatifs, nous pourrions aussi en recevoir la leçon, quand parfois, à l’instar de Jésus nous sommes sommés de prouver qui nous sommes, et parfois nous n’avons pas le temps ou l’entraînement pour déceler que, quoi que nous répondions, nous somme piégés par ceux qui nous lancent cette sommation. La solution ici est de les « laisser en plan ».

Vous avez entendu ce récit, il est très ramassé:

1) arrivée et discussion (v.11) 2) réaction intérieure de Jésus + sentence (v.12) Amen, je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération. comme le point culminant. Cette sentence d’ailleurs est un hébraïsme intraduisible, j’y reviens tout de suite après avoir évoqué la troisième partie et ce qui suit: 3) la rupture : Jésus quitte , laisse en plan, et va traverser (v.13),

va embarquer vers l’autre rive où l’air sera peut être moins vicié par les manipulateurs.

Ensuite, sur le trajet vers l’autre rive, Jésus dira à ces disciples littéralement « d’ouvrir l’oeil » – comme lui, si perspicace et il ajoutera qu’il faudrait qu’ils se méfient du « levain » des pharisiens, et aussi du levain d’Hérode (le Roi). Les disciples ne comprendront rien. Jésus leur sous-entendra donc qu’ils sont sans intelligence et obtus. Pourtant c’était clair: Jésus leur recommandait de se méfier à la fois des manipulateurs religieux et des manipulateurs politiques. Et parfois, et même le plus souvent finalement, ils ne font qu’un. Regardez le spectacle du monde.

Je m’imagine Jésus, dans sa barque, avec ses disciples, après avoir damé le pion à ces pharisiens, grondant ses élèves si peu subtils, et je m’imagine Jésus ne s’imaginant pas du tout à quel point il allait être plus tard tellement récupéré et à quel point tout ce qui faisait de lui un homme déterminé, confiant, ironique et intelligent allait être gommé pour en faire simplement un symbole de l’amour sacrificiel et tragique.

Revenons à cette fameuse sentence: Amen, je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération. C’est un hébraïsme. Qu’on pourrait mieux comprendre si on disait «  malheur à moi si un « signe » était donné à cette génération ». Ici, le « malheur à moi » est sous entendu. Mais approcher l’origine de cette expression permet encore une fois d’entendre Jésus parler: après qu’il avait gémi douloureusement, maintenant il s’exclame «  malheur à moi » si un signe était donné à cette génération.

Mais nous qui sommes dans la barque avec les élèves qui ne comprennent rien- c’est le principe de ce texte pédagogique, les disciples élèves sont aussi les lecteurs- et bien nous aussi, si nous avons bien compris qu’il fallait résister à la manipulation des pharisiens, d’accord, en revanche, on va continuer à se demander pourquoi n’y aurait-il pas la possibilité d’un signe ? Pourquoi pas de signe ?

Jésus nous laisse-t-il nous aussi, en plan?

Matthieu, l’évangile de Matthieu, qui avait l’évangile de Marc comme une de ses sources s’est peut-être étonné de la radicalité de Jésus et a introduit, dans sa reprise de cette controverse avec les pharisiens, non pas, «  il ne serait jamais donné de signe à cette engeance » mais « ‘ Une génération mauvaise et adultère recherche un signe ; il ne lui sera pas donné d’autre signe que le signe du prophète Jonas » Etonnamment, cette version avec le signe du prophète Jonas- qui n’est pas à proprement parler un signe, mais un livre dès lors à déchiffrer pour voir le signe en question – cette version est beaucoup plus connue que la version sans signe de Marc, et pourtant, elle est beaucoup moins compréhensible, tant l’explication qui est donnée chez Matthieu, sur laquelle je passe est à la fois simpliste et cryptée.

Je vous invite à comparer les deux versions, car ce n’est pas mon propos ce matin, et aussi l’évocation par l’évangile de Luc de ce fameux signe de Jonas, avec la même explication. Ce n’est pas mon propos puisque ce matin, je veux valoriser la version de Marc, premier évangile à avoir été écrit et aussi publié, dont on pourrait dire qu’il offre une version brute, sans tous les affinements postérieurs.

Jésus malheur à lui si un signe était donné à cette génération.

Je nous invite donc à nous creuser la tête.

D’abord, nous le savons tous, la Bible est remplie de signes du ciel, quand Dieu atteste sa puissance et par la même son existence.

L’arc dans la nue (alliance) — Genèse 9:12-13 : « …j’ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe… »

L’étoile des mages — Matthieu 2:2 : « …nous avons vu son étoile en Orient… »

Matthieu 3:16-17 : « …les cieux qui s’ouvrent lors du baptême de Jésus, s’ouvrirent… une voix qui se fait entendre

Luc 23:44-45 : « …Le soleil qui s’obscurcit, et le voile du temple qui se déchire… » lors de la crucifixion

Les plaies d’Égypte dans Exode 7:3 : « …je multiplierai mes signes et mes miracles dans le pays d’Égypte. »

Reconnaissance “publique” après un signe dans 1 Rois 18:38-39 : « 36 À l’heure habituelle du sacrifice, le prophète Élie s’approche de l’autel. Il dit : « Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, montre aujourd’hui que tu es le Dieu d’Israël. Montre que je suis ton serviteur et que j’agis sur ton ordre. 37Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi ! Alors les gens sauront que c’est toi, le Seigneur, qui es Dieu. Et ainsi, tu ramèneras leur cœur vers toi. »

38Le Seigneur fait donc descendre du feu qui brûle le sacrifice, le bois, les pierres et la poussière. Le feu avale aussi l’eau du fossé. 39Quand les Israélites voient cela, tous se mettent à genoux, le front contre le sol, et ils disent : « C’est le Seigneur qui est Dieu ! C’est le Seigneur qui est Dieu !

Et de nombreux autres.

Une hypothèse tout à fait sereine pour expliquer cette non volonté de Jésus qu’il soit donné un signe , une hypothèse qui ne va même pas tenir compte que cette demande avait été faite malicieusement, par des pharisiens qui voulaient le piéger . Une hypothèse qui serait très simple. Jésus dirait en substance : des signes tels que vous les voulez, qui ressemblent beaucoup aux signes fracassants de la Bible hébraïque, il n’y en aura pas. Il n’y en aura pas parce que des signes tels que vous ne voulez pas les voir, en revanche, il y en a.

 

Ce récit de controverse dans Marc suit immédiatement le récit appelé de la seconde multiplication des pains, ou en d’autres termes, le possibilité d’un partage phénoménal du pain avec quatre mille personnes. Le partage, au delà du présumé miracle est un signe déterminant. Le texte de la multiplication des pains, qu’on devrait appelé miracle du partage, est le signe de ce que nous pourrions faire et que nous ne faisons pas. Puisqu’il y a , en fait, suffisamment de pain. Voilà donc un signe, adressé aux pharisiens et à tout le monde.

Mais si on suit la narration précédente de Marc, on en voit des signes. Certes, on trouve des miracles et des guérisons, qu’on pourrait appeler de simple actes de puissance divine et démonstratrice, mais l’on se rend compte que ces miracles et ces guérisons ont un sens qui pourrait faire signe à des esprits moins obtus que ceux des disciples ou des pharisiens. Par exemple, la guérison du possédé dans ses tombeaux, qui au delà de lui même, est le signe de la résurrection à venir d’un humain mort-vivant.

Et il y a une ligne significative. Le partage spectaculaire que je viens d’évoquer. Mais les actions et paroles de Jésus auparavant étaient aussi, entre autres liées au partage, le partage le plus extensif possible de la bonne nouvelle de Dieu. Plus avant en effet nous trouvons des paroles de Jésus qui mettent en question la tradition qui définit le pur et l’impur et de ce fait met une grande partie de la population au ban. L’on a vu une femme non juive qui découvre la foi. Cela aurait du faire signe. On remarque Jésus qui va proclamer et guérir dans des territoires dits païens. Tout cela aurait déjà pu signifier que quelque chose est en train de se passer. Quelque chose de l’ordre de l’éclatement de la sphère précédente.

Et puis, cela aurait pu-faire signe, aussi, que Jésus ne soit pas bien considéré lors de sa première prédication dans la synagogue de Nazareth, non pas à cause de ce qu’il disait, parce qu’on lui reprochait simplement qu’il était de chez eux. « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Judas et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici, parmi nous ?

 Quelqu’un de familier ne peut pas être considéré? C’est justement cela qui aurait du faire signe, qui dirait que le signe justement peut venir de quelqu’un comme vous et moi, et non pas précédé par des tremblements de terre, sous la forme d’une figure étincelante , extra mondaine et ravissante. Jésus de Nazareth, comme Marion de Cergy, ou Emile de Belleville.

Et puis, entouré de plein de monde, Jésus, auparavant avait raconté des extraordinaires paraboles, dont celle du semeur, qui décrit entre autres, la possibilité qu’a Dieu de tenter de croitre n’importe où.

C’est pourquoi j’aime cette simple hypothèse qui dit que des signes il y en a, si toutefois on a les yeux ouverts. Mais non, ils ne sont pas spectaculaires, écrasant tout le monde par leur évidence, car la foi, et c’est là l’extraordinaire modernité de ce texte, ne passe pas par la preuve écrasante,

mais elle passe par un regard différent sur ce qui existe et qui est semé n’importe où , et qui pourrait dès lors ne pas être considéré. « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie »

Ainsi, la foi implique la vigilance, la perspicacité; on dit souvent que la foi, c’est un don de Dieu, mais cette façon de penser est tragique en ce sens où ceux qui parfois se plaignent de ne pas avoir la foi auraient donc été exclus de la part de Dieu, aux yeux de ceux qui ont non seulement la foi mais aussi cette théorie du don . Pour ma part, je pense que la foi est cette capacité, ou cette volonté ou ce plaisir, de superposer un autre degré sur ce que d’autres appellerait banal. Le sens de la foi, c’est un sens à développer, qui sans doute mérite de la pratique et aussi d’ouvrir l’oeil, comme Jésus le recommande à ses élèves. Le sens de la foi est similaire au sens poétique, non pas pour protester que ça ne rime pas, où pour demander à quoi ça rime, mais pour ressentir que cela vit et comment cela vit, comment cela s’accorde, comment cela s’accorderait , comment cela demande de l’amour, comment cela nécessite une réparation ou une guérison, ou tout simplement pour ressentir comment c’est beau.

Jésus avec sa grande confiance en lui, n’avait pas besoin de signes spectaculaires, et c’est pourquoi il proclame qu’il n’en sera pas donné, parce qu’ils ne seraient que des artifices, et qu’il y a bien d’autres choses beaucoup plus discrètes et sensibles- comme une graine de moutarde, et plus en attente d’être vues, d’être aimées et comprises, qu’un bombardement de preuves tombées du ciel.

Ce texte, avant qu’il soit rapiécé par les autres évangiles, illustre un moment fort du passage à une modernité théologique. La littérature des signes fracassants n’a plus d’interêt. À moins qu’elle ne fut qu’une littérature symbolique, qui ne prétendait pas faire croire à ce qu’elle racontait, au premier degré, cette littérature ancienne ne décrivait qu’un Dieu anthropomorphe, admirateur de lui-même, n’envoyant pas de signes , mais des mises en demeure, à un peuple sommé de passer d’une soumission à l’autre, sans avoir eu le temps de réfléchir, tant le ciel est rempli de souffre et de foudre.

À la sortie de cette controverse, l’écrivain Marc et Jésus inventent un monde beaucoup plus grand, beaucoup plus sensible et beaucoup plus subtil, un monde qui s’adresse à ceux et celles qui veulent apprendre à avoir la foi, en comptant sur leur perspicacité, leur sens poétique, leur vigilance, leur compassion, leur confiance en eux-même et qui aimeraient bien se retrouver comme des élèves de ce Christ-là, prêts à affronter l’imaginaire global, superficiel binaire et outrancier dans lequel notre monde étouffe et que certains utilisent pour nous divertir ou nous effrayer.

13 Puis il les quitta (les laissa en plan) et reprit le bateau pour regagner l’autre rive. AMEN

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

LIEN VERS LA VIDÉO DU CULTE ENTIER

Un problème technique nous empêche ces temps-ci  la diffusion des cultes en direct sur notre chaîne Youtube, mais ils y sont intégrés en différé.