LE DÉCOUPAGE DU TEMPS

EDITORIAL Même si bravaches, le mercredi 31 décembre nous nous couchions à 22H avec des bouchons dans les oreilles, nous ne pourrions éviter au petit matin d’y penser: à la nouvelle année. Pourtant nous le savons: ce n’est qu’une...

LE DÉCOUPAGE DU TEMPS

Même si bravaches, le mercredi 31 décembre nous nous couchions à 22H avec des bouchons dans les oreilles, nous ne pourrions éviter au petit matin d’y penser: à la nouvelle année.

Pourtant nous le savons: ce n’est qu’une convention. L’esprit humain s’est plu partout à découper le temps, selon divers modèles. Bien qu’il s’agisse d’un artifice (le fait de décider qu’une révolution de la terre autour du soleil devienne une base d’administration) et que nous en soyons tous pleinement conscients, rien n’y fait : cela produit en chacun de nous un effet, certes vite dissipé, mais réel. Pendant un bref instant, certains par exemple croient que cette fois, c’est la bonne, que telle ou telle ou telle résolution, ils iront la tenir, que telle parole, ils vont la dire, que de telle addiction, ils vont sortir. Beaucoup aussi ressentent de la tristesse: pour les occasions manquées,  parce que c’était l’année de la disparition d’un être cher qui dès lors commence à vraiment s’éloigner de leur ligne temporelle. Beaucoup ressentent, encore plus fortement que le jour de leur anniversaire, l’inexorabilité de leur vieillissement (pourquoi plus fortement ? Parce que lors d’un anniversaire, toute la planète ou presque ne hurle pas simultanément cette ode au déclin individuel). D’autres pourraient s’en vouloir de croire furtivement que l’année suivante disparaitront ces têtes hideuses et ces esprits a-moraux qui dirigent le monde sans discontinuer vers plus de laideur et de souffrances. Et ce sentiment renfrogné d’espoir vif mais sans lendemain, c’est un effet causé par le simple remplacement d’un nombre par un autre et qu’une révolution n’est jamais que retourner à sa place initiale. Beaucoup pensent que les gens se saoûlent parce qu’ils fêtent le passage d’une année à l’autre. J’ai une autre option: la sensation est à la fois tellement artificielle et tellement gênante voire douloureuse que beaucoup la noient dans l’alcool.

C’est pourquoi déjà je vous souhaite une bonne année 2025. Non, je n’ai pas fait d’erreur. Je vous invite à penser à cette année et à y réparer ce qui peut, de votre point de vue, être réparé. Pourquoi ne pas poser un regard nouveau sur tel ou tel événement, telle ou telle interaction, telle ou telle personne ? Je vous invite à regarder  cette année 2025 en face avant qu’elle ne soit ensevelie sous les décombres de la prochaine. Au moins, cette fiction de bascule aura eu une utilité. Utile, pour se projeter, de se séparer de quelques entraves.

Mais le plus important, pour que chaque jour soit un commencement réel, est de se placer n’importe quand sous la bénédiction du Seigneur, qui ne s’intéresse pas spécialement à nos voeux ni à nos travaux de découpages et d’ailleurs pour Lui, 1000 ans seraient comme un jour (2 Pierre 3,8). Même Jésus n’est pas né il y a 2025 ans révolus, c’est pour dire! Et puis, entre nous, notre planète ne fait pas que tourner autour du soleil ou sur elle-même, elle court dans l’espace entraînée par son étoile, à une vitesse prodigieuse, dans une danse fascinante.

Robert Philipoussi

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