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LE TEXTE DE LA PRÉDICATION
Prédication, R.Philipoussi. 5 Juillet 2026. Baptême de Louis. Luc 18, 15-17
Nous allons nous mettre à l’écoute du texte que vous avez choisis Céline et Léopold.
Pour bien entendre quelques unes de ses résonances, il faut traverser le temps. Cela évitera une perception anachronique. Ce que fait Jésus ici n’est pas juste beau, correct, ou charitable. En revanche, c’est littérallement dérangeant. Il dérange un monde gréco romain et juif antique où l’enfant n’a aucun statut juridique, aucune valeur sociale propre et aucune voix. Il est incomplet et dépendant. Le mot grec «païs» désignait d’ailleurs à la fois l’enfant et l’esclave.
Cet événement de l’accueil des enfants, qui est raconté dans trois évangiles sur quatre est un marqueur important du ministère de Jésus. Par son attitude, Jésus, dé-range ici avec une grande puissance gestuelle l’ordre quasi sacré de la société antique.
Il est difficile de le percevoir aujourd’hui, mais dans le contexte où ce texte a été écrit et diffusé, il brillait d’ une conception très en avance sur son temps et je dirais encore très en avance sur le nôtre, quand on voit aujourd’hui l’ampleur de la maltraitance sur les enfants, sur les terrains de guerre ou sur les terrains familiaux.
Voilà donc un repère qu’il faut installer en premier pour éviter une compréhension tronquée ou trop facile de ce texte. L’enfant d’alors – je rappelle que l’étymologie latin du mot in fans, signifie « qui n’a pas la parole» – n’est pas le même que l’enfant dont la conception a été inventée du 19e siècle.
Bien entendu, cette absence de statut social ou juridique ne signifiait pas qu’on ne tenait pas aux enfants. S’il est facile d’avoir un point de vue historique qui surplombe les coutumes et les lois, il est plus difficile de savoir ce qui se passe dans le cœur d’une mère ou d’un parent, vis à vis de son enfant. Les évangiles témoignent quelque fois de ce rapport entre une mère et son enfant. Les enfants pouvaient donc bien entendu être bien entendu pris en considération, par exemple par ces gens, dit le texte, qui amènent à Jésus des nouveaux-nés pour qu’il leur impose les mains. Jésus était en effet considéré comme quelqu’un qui guérissait par les mains.
On pourrait certes ne voir ici qu’une demande de bénédiction, mais ce serait oublier que si nous, nous avons bien séparé le geste de la bénédiction – littéralement une imposition des mains- de la gestuelle du soin, à cette époque, bénédiction et soin était liés. En d’autres termes, la bénédiction ne se contentait pas dire, mais aussi, elle faisait. On pourrait aussi expliquer la notion de sacrement de cette façon – je rappelle que le baptême est considéré comme un sacrement par les protestants calvinistes et luthériens. Dans cette vision sacramentelle, le baptême ne se contente pas de dire, il fait. À tel point que ce qu’il fait est sans doute plus important que ce qu’il dit. Il fait venir le royaume de Dieu sur un enfant, il fait entre lui et dieu une alliance indestructible, il fait que s’y référer au cours de sa vie lui donnera les ressources nécessaires d’espoir.
Continuons.
Je suis étonné de cette injonction de Jésus, après qu’il avait corrigé ses disciples qui voulaient repousser tous ces gens avec leurs bébés dans les bras. Et je voudrais partager avec vous cet étonnement. Il ordonne qu’on les lui apporte certes, mais juste après il dit, selon la traduction la plus courante :
«laissez venir à moi les petits enfants».
Il parle comme si ces nouveaux nés étaient capables de venir tout seuls. De leur propre moyens. Habitués que nous sommes, nous ne voyons plus dans cette phrase très connue ce qu’elle fait, ce qu’elle opère. Elle donne à ces enfants une autonomie potentielle. Elle dé-range encore une fois l’ordre social antique, où les enfants ne sont capables de rien, ce qui fait qu’ils ne sont «rien». On dirait en revanche ici que ce ne sont plus des bras qui les portent, mais qu’ils viennent de leur propre gré. En s’éveillant à cette particularité littéraire, le texte devient un peu plus étrange, je dirais fantastique. Comme si les enfants étaient sortis de la case sociale pleine de vide qui les enfermait et les effaçait, et que désormais, ils avaient une place. On assiste ici à une resurrection étrange des enfants.
Ne les en empêchez pas, – encore une fois, les enfants de ce texte dans le regard de Jésus semble avoir une volonté autonome –
car le royaume de Dieu est pour ceux qui sont comme eux.
17Amen, je vous le dis, quiconque n’accueillera pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera jamais.
Sans doute que des kilomètres de rayonnage ont été fabriqués pour contenir l’infinité des commentaires sur ce comme eux.
Beaucoup parlent d’innocence. Il faudrait être innocent pour hériter le royaume de Dieu. Mais ce «il faudrait» ne contredit-il pas cette supposée innocence nécessaire? Comment rester innocent en vouloir devenir innocent ? Comment devenir innocent alors qu’on ne l’est plus? À moins que tout le monde soit finalement innocent ? Difficile à admettre.
En fait disons-le nettement, ce texte déjà ne parle pas d’innocence. Cette perception serait sans doute anachronique.
Mais il faut aller plus loin. Quand on évoque l’innocence aujourd’hui, en fait, on se trompe. Etymologiquement, innocence désigne simplement l’incapacité de nuire…
Alors là oui, peut-être. Les incapables de nuire hériteront le royaume de Dieu. C’est une perspective un peu faible, je trouve. En plus Jésus semble-il a gracié de nombreux coupables, qui avaient donc été non seulement capables de nuire, mais qui avaient réellement nuit à leurs prochains, comme par exemples un collecteur de taxes, ou l’un des bandits sur la croix d’à côté.
À propos d’innocence, encore, dans le cadre du droit français actuel, on ne déclare pas quelqu’un innocent, on se contente d’acter de «sa non-culpabilité » (des faits reprochés), ce qui est assez révélateur d’une forme de scrupule. On ne parle d’innocence, en gros, que dans sa présomption. C’est-à-dire la présomption de la non capacité de nuire, ou d’avoir nui dans une affaire précise. Là le sens premier est respecté.
Alors, oui, l’innocence n’est peut-être pas le meilleur moyen d’aller tenter de rencontrer, découvrir voire imiter ceux qui sont «comme eux».
Après, puisque Jésus nous a donné ce « comme » pour nous faire réfléchir chacun est appelé à continuer à chercher. Ce que moi, du haut de cette chaire je pourrais vous dire ne serait que ma perception affective de ce «comme », et je pourrais alors me laisser aller à parler de l’extraordinaire confiance d’un enfants envers des parents qui ne vont pas le laisser tomber. Et je vois bien cette extraordinaire confiance – autre nom du mot foi- être la clé pour percevoir le royaume de Dieu. Je pourrais parler de la non moins extraordinaire intelligence globale des petits enfants et de son développement singulier et prodigieux. Je me dis donc que c’est une qualité presque requise pour, non pas être reçu par, mais pour encore une fois percevoir le royaume de Dieu ou Dieu lui-même. Lequel ne semble pas être perceptible par ceux dont l’intelligence ne s’est employée qu’à labourer sans cesse le même lopin intellectuel. L’enfant lui, prend tout , saisit tout, ressent tout. Mais je ne fais qu’exprimer ma rêverie sur ce «comme». Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera jamais, dit Jésus. N’est ce pas la parole la plus radicale de notre Christ ? La plus provocatrice? Je résume:
Celui qui est considéré comme rien devient autonome et rien ne l’empêche, aucune institution, aucun cadre religieux, aucun personnel religieux, aucune loi religieuse, d’entrer dans le royaume de Dieu.
Ce royaume de Dieu qui était là mais dont son extraordinaire confiance et son intelligence prodigieuse lui ont permis de percevoir.
Pour ce faire, il est passé par le dire et le faire de la bénédiction, savourant une parole qui fait grâce et qui soigne.
Après ce récit, Luc racontera l’histoire d’un notable qui veut savoir comment hériter le royaume des cieux. La réponse ou la non réponse était dans l’événement qui précède. Ce notable, auto défini comme adulte, celui là qui n’a jamais été rien, ne trouvera pas le chemin.
Mais comment faire ? Non pas pour devenir un enfant mais pour entrer dans la métaphore ? Et donc dans le royaume de Dieu ?
«comme eux»
La foi chrétienne a donné quelques balises pour répondre. Elles ne sont pas satisfaisantes intellectuellement mais elles sont bien pratiques.
D’abord le christianisme a inventé très tôt le concept de nouvelle naissance, enseignant donc la discipline du «néo-naissant», appelé à tout ré apprendre correctement, à tout comprendre différement en utilisant l’autre concept qui est celui en grec de la metanoia qui peut se traduire par conversion, mais qui désigne un changement d’orientation de l’intelligence. Ce qui va permettre, dans cette alliance entre cette grande confiance et cette intelligence prodigieuse, de percevoir à la fois les murmures et les appels du monde et les murmures et les appels de Dieu. Une conversion qui autorise à percevoir que depuis le début nous vaquions dans son royaume, sans toutefois y croire du tout, jusqu’à ce que nous renaissions.
Ensuite le christianisme a inventé le sacrement du baptême, qui acte cette nouvelle naissance au travers du mythe de l’eau originelle puis de la sortie de l’élément liquide; il s’agit plus d’une nouvelle création que d’une nouvelle naissance. Le christianisme a très tôt baptisé les adultes, mais aussi les enfants, et en fait, toute la maisonnée, les esclaves aussi. Tout le monde était appelé à devenir des enfants de Dieu et à renaître.
Ces balises sont importantes car le christianisme qdepuis toujours cherche à comprendre ce qu’il est et ce qu’il fait et il fait preuve d’une très grande créativité qui est mise au service de notre conversion potentielle.
J’arrive à la fin de ce message. Des choses ont été dites. De nombreuses choses peut-être encore plus importantes auraient mérité d’être dites.
Mais le plus important aujourd’hui, c’est Louis et le regard qu’il porte sur tout cela.
AMEN
LA LITURGIE
Baptême de Louis
Le 5 juillet 2026
En présence du Emanuel school Choir – Esther Assuied à l’orgue.
Orgue
Annonce de la grâce
La grâce et la paix nous sont données de la part de Dieu notre Père en son Fils Jésus notre frère.
Accueil et bienvenue.
La Pasteure B.CM se réjouissait de célébrer ce baptême avec les jeunes parents dont elle avait célébré le mariage.
Mais aujourd’hui elle est auprès de son époux Jean-Pierre, là où est son cœur, là est sa place. Les deux époux nous souhaitent une belle fête de baptême dans la joie. Nous les assurons de notre sympathie et de notre amitié.
Chant spontané : Bénissons le seul Seigneur
(l’assemblée s’assied )
Louange (psaume 19)
Du chef de chœur. Psaume. De David.
Le ciel raconte la gloire de Dieu, la voûte céleste dit l’œuvre de ses mains.
Le jour l’annonce au jour, la nuit l’explique à la nuit.
Ce n’est pas un langage, ce ne sont pas des paroles, on n’entend pas leur voix.
Leurs mesures apparaissent sur toute la terre, leurs accents vont aux extrémités du monde ; c’est là qu’il a placé une tente pour le soleil.
Celui-ci, tel un marié sortant de sa chambre, tout content, se met en route, tel un vaillant guerrier.
Il s’élance des extrémités du ciel et achève sa course à l’autre extrémité ; rien n’est à l’abri de sa chaleur.
La loi du SEIGNEUR est parfaite, elle restaure la vie ; le témoignage du SEIGNEUR est sûr, il rend sage le naïf.
Les directives du SEIGNEUR sont droites, elles réjouissent le cœur ; le commandement du SEIGNEUR est limpide, il fait briller les yeux.
La crainte du SEIGNEUR est pure, elle subsiste à jamais ; les règles du SEIGNEUR sont vérité, elles sont toutes justes ;
elles sont plus précieuses que l’or, que beaucoup d’or fin ; plus douces que le miel, que le miel qui coule des rayons.
Moi-même, ton serviteur, je suis averti par elles ; pour qui les observe l’avantage est grand.
Qui peut connaître ses erreurs involontaires ? Tiens-moi pour innocent de ce qui m’est caché.
Préserve-moi aussi des gens arrogants ; qu’ils ne dominent pas sur moi ! Alors je serai intègre, innocent de toute transgression grave.
Que les paroles de ma bouche et le murmure de mon cœur soient agréés de toi, SEIGNEUR, mon rocher et mon rédempteur !
Cantique de Louange : A toi la gloire 150, 1,2,3
Volonté de Dieu
Ésaïe 55:6-9
Cherchez le Seigneur pendant qu’il se laisse trouver ;
invoquez-le pendant qu’il est proche.
Que le méchant abandonne sa voie, et l’homme malfaisant ses
pensées ; qu’il revienne au Seigneur,qui aura compassion de lui,
– à notre Dieu, qui pardonne abondamment.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, vos voies ne sont pas mes
voies
– déclaration du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la
terre,autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées
au-dessus de vos pensées.
Chant spontané :
Repentance
Prière d’Anselme de Cantorbéry
Je cherche ton visage, Seigneur, ne me le cache point
Enseigne-moi au plus profond de mon coeur, où et comment je dois te chercher , où et comment je te trouverai. Puisque tu es partout présent, d’où vient que je ne te vois pas ?
Tu habites, je le sais, une lumière inaccessible.
Mais où resplendit-elle, cette lumière, et comment parvenir jusqu’à elle ?
Qui me guidera, qui m’introduira pour que je puisse te voir?
Regarde-moi, Seigneur et exauce-moi.
Donne-moi la lumière, montre-toi.
Aie pitié de mes efforts pour te trouver car je ne peux rien sans toi.
Tu nous invites à te regarder, aide-moi ; apprends-moi à te chercher car je ne peux le faire si tu ne me l’apprends pas, ni te trouver si tu ne te montres pas à moi.
Fais qu’en t’aimant je te trouve,
Et que je t’aime en te trouvant.
Chant spontané : J’aime mon Dieu car il entend ma voix
Annonce de la grâce
Dans le Psaume 145, il est écrit:
Le Seigneur est proche de ceux qui l’appellent, de tous ceux qui le réclament avec sincérité. Il dit : Ne crains rien car je suis avec toi.
Chant spontané debout :
Accueil de la famille du baptisé.
Chers amis, vous avez demandé que votre enfant reçoive le baptême. Avec ses parrain et marraine, veuillez vous approcher. L’Eglise, aujourd’hui accueille votre désir avec joie.
Confession de foi (debout )
(parents)
Nous croyons que Dieu est le Père de tous les hommes, de tous les peuples, de toutes les races. Personne n’est exclu de son amour.
Nous croyons que Jésus-Christ, le fils unique de Dieu, s’est fait homme pour que nous ayons le pardon, la joie, et le salut. Il est le chemin, la vérité et la vie,
Nous croyons que l’Esprit est esprit de liberté, esprit de tolérance, esprit de justice, esprit de paix. Il accueille au lieu d’exclure. Il respecte au lieu de condamner. Il ouvre les portes et ne les ferme jamais.
Nous croyons que son espérance est plus forte que tous les désespoirs.
AMEN.
Chant spontané debout :
Institution du baptême (assis)
Voici la volonté de Jésus-Christ pour son Eglise :
« Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.
Allez de toutes les nations faites des disciples.
Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai enseigné.
Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».
Instruction (assis)
Votre enfant va être baptisé au nom du créateur qui donne le souffle de vie.
Il va être baptisé au nom du Fils. Jésus-Christ, à qui a été envoyé à la mort mais qui a été relevé d’entre les morts,
Il va être baptisé au nom du Saint-Esprit qui inspire foi, espérance et amour.
L’eau qui est ici est de l’eau ordinaire, qui aurait pu servir à donner à boire à un ami, à laver les mains d’un enfant, à faire pousser une plante, mais avec la Parole de Dieu, cette eau devient l’eau du sacrement du baptême, eau d’une nouvelle naissance avec Dieu.
Chaque jour notre baptême nous rappelle que nous dépendons de Dieu seul et qu’ensemble nous vivons de son amour.
Nous croyons que cela est vrai pour nos enfants, même s’ils ne le savent pas encore. En effet, « nous aimons Dieu parce qu’il nous a aimés le premier ».
Baptême de Louis
Dieu nous l’a promis : nous sommes à lui, il nous connaît chacun par notre nom.
– quel prénom avez-vous choisi pour votre enfant ?
Louis
– que demandez-vous pour Louis ?
–
Louis, Je te baptise au nom du père, du fils et du saint-esprit.
Imposition des mains
Pour toi aussi Louis, cette parole est vraie : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle ».
Texte des parents Texte de la marraine
Georges et Jeanne – Victor Hugo
Les enfants chancelants sont nos meilleurs appuis. Je les regarde, et puis je les écoute, et puis Je suis bon, et mon coeur s’apaise en leur présence; J’accepte les conseils sacrés de l’innocence. Je fus toute ma vie ainsi; je n’ai jamais Rien connu, dans les deuils comme sur les sommets, De plus doux que l’oubli qui nous envahit l’âme Devant les êtres purs d’où monte une humble flamme; Je contemple, en nos temps souvent noirs et ternis, Ce point du jour qui sort des berceaux et des nids.
Ils jasent. Parlent-ils ? Oui, comme la fleur parle A la source des bois. Ce n’est pas la parole, ô ciel bleu, c’est le verbe; C’est la langue infinie, innocente et superbe Que soupirent les vents, les forêts et les flots; C’est la musique éparse au fond du mois de mai Qui fait que l’un dit: J’aime, et l’autre, hélas: J’aimai; C’est le langage vague et lumineux des êtres Nouveau-nés, que la vie attire à ses fenêtres, Et qui, devant avril, éperdus, hésitants, Bourdonnent à la vitre immense du printemps. C’est l’idylle du cygne avec le rouge-gorge, Ce sont les questions que les abeilles font, Et que le lys naïf pose au moineau profond; C’est ce dessous divin de la vaste harmonie, Le chuchotement, l’ombre ineffable et bénie Jasant, balbutiant des bruits de vision, Et peut-être donnant une explication; Car les petits enfants étaient hier encore Dans le ciel, et savaient ce que la terre ignore. Si les astres chantaient, ils bégaieraient ainsi. Leur front tourné vers nous nous éclaire et nous dore. Oh ! d’où venez-vous donc, inconnus qu’on adore ? Ils trébuchent, encore ivres du paradis.
Lorsque l’enfant paraît
Victor Hugo
Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux.
Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez ; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S’emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés !
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies N’ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange ; Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange À l’auréole d’or !
Vous êtes parmi nous la colombe de l’arche. Vos pieds tendres et purs n’ont point l’âge où l’on marche ; Vos ailes sont d’azur. Sans le comprendre encor, vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n’est immonde, Âme où rien n’est impur !
Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers !
Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même Dans le mal triomphants, De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants ! Victor Hugo, Les feuilles de l’Automne, XIX
Exhortation à l’assemblée
Frères et sœurs, voici Louis .
Par ce baptême, nous attestons qu’il est enfant de Dieu.
Il est ici chez lui, vous êtes sa famille spirituelle.
Vous lui accorderez, ainsi qu’à sa famille, le soutien de votre prière.
Aucune contrainte ne le retiendra dans la communauté chrétienne mais s’il venait à s’en séparer, vous affirmerez qu’il peut toujours y retrouver sa place. Vous serez ainsi pour lui, des témoins de l’amour de Dieu.
Ce sera notre joie qu’il confesse un jour que Jésus-Christ est le Seigneur.
Chant : Emanuel school Choir
Lecture de la Bible Luc 18, 15-17
15 Des gens lui apportaient même les nouveau-nés pour qu’il les touche de la main. Les disciples, en voyant cela, les rabrouaient. 16 Mais Jésus ordonna qu’on les lui apporte et dit : Laissez les enfants venir à moi ; ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui sont comme eux. 17Amen, je vous le dis, quiconque n’accueillera pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera jamais.
Cantique : L&P 204, 1-2 : Seigneur dirige et sanctifie
Prière : Aide nous Seigneur à savoir repérer les brèches par lesquelles peuvent survenir ton esprit et ta lumière. Conduis nous dans l’interprétation de ta parole. Que celle-ci nous inspire encore les jours d’après et qu’elle devienne de la manne providentielle pour ceux et celles qui sont nos contemporains
Jeu d’orgue
Prédication, R.Philipoussi. 5 Juillet 2026. Baptême de Louis. Luc 18, 15-17
Nous allons nous mettre à l’écoute du texte que vous avez choisis Céline et Léopold.
Pour bien entendre quelques unes de ses résonances, il faut traverser le temps. Cela évitera une perception anachronique. Ce que fait Jésus ici n’est pas juste beau, correct, ou charitable. En revanche, c’est littérallement dérangeant. Il dérange un monde gréco romain et juif antique où l’enfant n’a aucun statut juridique, aucune valeur sociale propre et aucune voix. Il est incomplet et dépendant. Le mot grec «païs» désignait d’ailleurs à la fois l’enfant et l’esclave.
Cet événement de l’accueil des enfants, qui est raconté dans trois évangiles sur quatre est un marqueur important du ministère de Jésus. Par son attitude, Jésus, dé-range ici avec une grande puissance gestuelle l’ordre quasi sacré de la société antique.
Il est difficile de le percevoir aujourd’hui, mais dans le contexte où ce texte a été écrit et diffusé, il brillait d’ une conception très en avance sur son temps et je dirais encore très en avance sur le nôtre, quand on voit aujourd’hui l’ampleur de la maltraitance sur les enfants, sur les terrains de guerre ou sur les terrains familiaux.
Voilà donc un repère qu’il faut installer en premier pour éviter une compréhension tronquée ou trop facile de ce texte. L’enfant d’alors – je rappelle que l’étymologie latin du mot in fans, signifie « qui n’a pas la parole» – n’est pas le même que l’enfant dont la conception a été inventée du 19e siècle.
Bien entendu, cette absence de statut social ou juridique ne signifiait pas qu’on ne tenait pas aux enfants. S’il est facile d’avoir un point de vue historique qui surplombe les coutumes et les lois, il est plus difficile de savoir ce qui se passe dans le cœur d’une mère ou d’un parent, vis à vis de son enfant. Les évangiles témoignent quelque fois de ce rapport entre une mère et son enfant. Les enfants pouvaient donc bien entendu être bien entendu pris en considération, par exemple par ces gens, dit le texte, qui amènent à Jésus des nouveaux-nés pour qu’il leur impose les mains. Jésus était en effet considéré comme quelqu’un qui guérissait par les mains.
On pourrait certes ne voir ici qu’une demande de bénédiction, mais ce serait oublier que si nous, nous avons bien séparé le geste de la bénédiction – littéralement une imposition des mains- de la gestuelle du soin, à cette époque, bénédiction et soin était liés. En d’autres termes, la bénédiction ne se contentait pas dire, mais aussi, elle faisait. On pourrait aussi expliquer la notion de sacrement de cette façon – je rappelle que le baptême est considéré comme un sacrement par les protestants calvinistes et luthériens. Dans cette vision sacramentelle, le baptême ne se contente pas de dire, il fait. À tel point que ce qu’il fait est sans doute plus important que ce qu’il dit. Il fait venir le royaume de Dieu sur un enfant, il fait entre lui et dieu une alliance indestructible, il fait que s’y référer au cours de sa vie lui donnera les ressources nécessaires d’espoir.
Continuons.
Je suis étonné de cette injonction de Jésus, après qu’il avait corrigé ses disciples qui voulaient repousser tous ces gens avec leurs bébés dans les bras. Et je voudrais partager avec vous cet étonnement. Il ordonne qu’on les lui apporte certes, mais juste après il dit, selon la traduction la plus courante :
«laissez venir à moi les petits enfants».
Il parle comme si ces nouveaux nés étaient capables de venir tout seuls. De leur propre moyens. Habitués que nous sommes, nous ne voyons plus dans cette phrase très connue ce qu’elle fait, ce qu’elle opère. Elle donne à ces enfants une autonomie potentielle. Elle dé-range encore une fois l’ordre social antique, où les enfants ne sont capables de rien, ce qui fait qu’ils ne sont «rien». On dirait en revanche ici que ce ne sont plus des bras qui les portent, mais qu’ils viennent de leur propre gré. En s’éveillant à cette particularité littéraire, le texte devient un peu plus étrange, je dirais fantastique. Comme si les enfants étaient sortis de la case sociale pleine de vide qui les enfermait et les effaçait, et que désormais, ils avaient une place. On assiste ici à une resurrection étrange des enfants.
Ne les en empêchez pas, – encore une fois, les enfants de ce texte dans le regard de Jésus semble avoir une volonté autonome –
car le royaume de Dieu est pour ceux qui sont comme eux.
17Amen, je vous le dis, quiconque n’accueillera pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera jamais.
Sans doute que des kilomètres de rayonnage ont été fabriqués pour contenir l’infinité des commentaires sur ce comme eux.
Beaucoup parlent d’innocence. Il faudrait être innocent pour hériter le royaume de Dieu. Mais ce «il faudrait» ne contredit-il pas cette supposée innocence nécessaire? Comment rester innocent en vouloir devenir innocent ? Comment devenir innocent alors qu’on ne l’est plus? À moins que tout le monde soit finalement innocent ? Difficile à admettre.
En fait disons-le nettement, ce texte déjà ne parle pas d’innocence. Cette perception serait sans doute anachronique.
Mais il faut aller plus loin. Quand on évoque l’innocence aujourd’hui, en fait, on se trompe. Etymologiquement, innocence désigne simplement l’incapacité de nuire…
Alors là oui, peut-être. Les incapables de nuire hériteront le royaume de Dieu. C’est une perspective un peu faible, je trouve. En plus Jésus semble-il a gracié de nombreux coupables, qui avaient donc été non seulement capables de nuire, mais qui avaient réellement nuit à leurs prochains, comme par exemples un collecteur de taxes, ou l’un des bandits sur la croix d’à côté.
À propos d’innocence, encore, dans le cadre du droit français actuel, on ne déclare pas quelqu’un innocent, on se contente d’acter de «sa non-culpabilité » (des faits reprochés), ce qui est assez révélateur d’une forme de scrupule. On ne parle d’innocence, en gros, que dans sa présomption. C’est-à-dire la présomption de la non capacité de nuire, ou d’avoir nui dans une affaire précise. Là le sens premier est respecté.
Alors, oui, l’innocence n’est peut-être pas le meilleur moyen d’aller tenter de rencontrer, découvrir voire imiter ceux qui sont «comme eux».
Après, puisque Jésus nous a donné ce « comme » pour nous faire réfléchir chacun est appelé à continuer à chercher. Ce que moi, du haut de cette chaire je pourrais vous dire ne serait que ma perception affective de ce «comme », et je pourrais alors me laisser aller à parler de l’extraordinaire confiance d’un enfants envers des parents qui ne vont pas le laisser tomber. Et je vois bien cette extraordinaire confiance – autre nom du mot foi- être la clé pour percevoir le royaume de Dieu. Je pourrais parler de la non moins extraordinaire intelligence globale des petits enfants et de son développement singulier et prodigieux. Je me dis donc que c’est une qualité presque requise pour, non pas être reçu par, mais pour encore une fois percevoir le royaume de Dieu ou Dieu lui-même. Lequel ne semble pas être perceptible par ceux dont l’intelligence ne s’est employée qu’à labourer sans cesse le même lopin intellectuel. L’enfant lui, prend tout , saisit tout, ressent tout. Mais je ne fais qu’exprimer ma rêverie sur ce «comme». Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera jamais, dit Jésus. N’est ce pas la parole la plus radicale de notre Christ ? La plus provocatrice? Je résume:
Celui qui est considéré comme rien devient autonome et rien ne l’empêche, aucune institution, aucun cadre religieux, aucun personnel religieux, aucune loi religieuse, d’entrer dans le royaume de Dieu.
Ce royaume de Dieu qui était là mais dont son extraordinaire confiance et son intelligence prodigieuse lui ont permis de percevoir.
Pour ce faire, il est passé par le dire et le faire de la bénédiction, savourant une parole qui fait grâce et qui soigne.
Après ce récit, Luc racontera l’histoire d’un notable qui veut savoir comment hériter le royaume des cieux. La réponse ou la non réponse était dans l’événement qui précède. Ce notable, auto défini comme adulte, celui là qui n’a jamais été rien, ne trouvera pas le chemin.
Mais comment faire ? Non pas pour devenir un enfant mais pour entrer dans la métaphore ? Et donc dans le royaume de Dieu ?
«comme eux»
La foi chrétienne a donné quelques balises pour répondre. Elles ne sont pas satisfaisantes intellectuellement mais elles sont bien pratiques.
D’abord le christianisme a inventé très tôt le concept de nouvelle naissance, enseignant donc la discipline du «néo-naissant», appelé à tout ré apprendre correctement, à tout comprendre différement en utilisant l’autre concept qui est celui en grec de la metanoia qui peut se traduire par conversion, mais qui désigne un changement d’orientation de l’intelligence. Ce qui va permettre, dans cette alliance entre cette grande confiance et cette intelligence prodigieuse, de percevoir à la fois les murmures et les appels du monde et les murmures et les appels de Dieu. Une conversion qui autorise à percevoir que depuis le début nous vaquions dans son royaume, sans toutefois y croire du tout, jusqu’à ce que nous renaissions.
Ensuite le christianisme a inventé le sacrement du baptême, qui acte cette nouvelle naissance au travers du mythe de l’eau originelle puis de la sortie de l’élément liquide; il s’agit plus d’une nouvelle création que d’une nouvelle naissance. Le christianisme a très tôt baptisé les adultes, mais aussi les enfants, et en fait, toute la maisonnée, les esclaves aussi. Tout le monde était appelé à devenir des enfants de Dieu et à renaître.
Ces balises sont importantes car le christianisme qdepuis toujours cherche à comprendre ce qu’il est et ce qu’il fait et il fait preuve d’une très grande créativité qui est mise au service de notre conversion potentielle.
J’arrive à la fin de ce message. Des choses ont été dites. De nombreuses choses peut-être encore plus importantes auraient mérité d’être dites.
Mais le plus important aujourd’hui, c’est Louis et le regard qu’il porte sur tout cela.
AMEN
Silence
Cantique : Psaume 92 1,2,3,4
Jeu d’orgue:
Annonces
Collecte (Eglise )
Prière d’intercession (spontanée)
Notre Père (debout)
Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ; pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal, car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles. Amen.
Bénédiction Recevons la bénédiction de Dieu
Le Seigneur qui fait grâce nous bénit et nous garde.
Spontané : Jeu d’orgue.