Les Nouvelles de l’Oratoire du Louvre
du 9 au 15 août 2025
La foi étant venue, nous ne sommes plus soumis à un surveillant.
(Galates 3, 25, Nouvelle Bible Segond)
La lettre de Paul aux Galates, manifeste virulent pour la liberté chrétienne, est un prototype en situation polémique de ce qui deviendra un véritable traité théologique: la lettre aux Romains.
Des églises de Galatie (actuelle Turquie centrale) que Paul a visitées et aussi établies semblent être retournées dans les affres de l’observance légaliste. D’où le fameux « O Galates insensés (ou stupides) » qui ouvre le chapitre 3 de cette lettre d’où est extrait le verset-titre de ce billet.
Le mot grec rendu ici par « surveillant » a été aussi traduit dans d’autres éditions de la Bible par guide, gardien, précepteur, conducteur. Pourquoi ne pas utiliser (comme le fait d’ailleurs la version classique Louis Segond) le mot grec paidagôgos: pédagogue?
Le pédagogue dans l’antiquité était un esclave de confiance dont la mission était d’amener à l’école les garçons de la maisonnée, de porter leurs affaires et de leur apprendre les bonnes règles.
À mon sens, toutes les autres traductions sont incorrectes ou fausses car elles ne permettent plus d’aller découvrir que la condition d’un pédagogue était celle d’un esclave. La plus fausse de ces traductions est celle de « précepteur » car cette fonction dans l’antiquité était exercée par un homme libre.
Paul était quelqu’un qui savait choisir ses mots. En comparant la Loi à un pédagogue, il tente de faire comprendre à ses lecteurs qui connaissaient cette fonction qu’une loi servile ne pourrait en aucun cas mener à la véritable liberté. Car personne n’est dupe, si la Loi devient un joug, c’est qu’elle a été enrôlée au service de gens qui prétendent en être les dépositaires: « mais il y a des gens qui vous troublent » dit Paul au début de sa lettre.
Paul affirmera explicitement sa visée au début du chapitre 5 : « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude » .
Beaucoup de traducteurs sont donc tombés dans la servitude de ce qu’on appelle le signifié (la mission pédagogique et de surveillance) et ont oublié le signifiant qui est un esclave. Leurs choix auraient pu nous empêcher d’aller par exemple vérifier si certains de ceux qui prétendent nous guider ou qui même parfois font de la « pédagogie » ne seraient pas eux-mêmes des esclaves (de leur pouvoir, de leur argent, de leur agenda, de leur lignée, de leur image de soi, de leur destin présumé, de leur réseau, de leur hubris, la liste serait longue).
Si l’intuition de Paul est valide, la question fondamentale reste: que faire aujourd’hui de notre liberté de chrétien ?
Robert Philipoussi